Carole Thomas avec ses 2 chevaux

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Supervision des équicoachs : pourquoi se faire accompagner quand on accompagne

Accompagner avec des chevaux est souvent un métier choisi avec passion. C’est aussi une responsabilité. Je supervise des équicoachs depuis 2015, et j’observe combien un regard extérieur, et la possibilité d’échanger, avec quelqu’un ou au sein d’un groupe, peuvent changer la qualité des accompagnements, et la sérénité de ceux qui accompagnent.

Une responsabilité, envers les humains et envers les chevaux

Les personnes qui viennent vers nous nous confient quelque chose de précieux. Un particulier, un moment de sa vie, ses questions, parfois ses fragilités. Une équipe, ses enjeux, ses tensions, ce qu’elle a du mal à dire ailleurs. Dans tous les cas, ils s’en remettent à nous avec une confiance et une authenticité qui ont une vraie valeur. Le cheval, lui, n’a pas directement choisi d’être là. Être à la hauteur de cette confiance, et à la hauteur des chevaux, demande selon moi une pratique à la fois éthique et exigeante.

Ce qui peut fragiliser un accompagnement

Les écueils sont nombreux, et aucun accompagnant n’en est à l’abri, moi comprise. Concevoir une séance ou un programme vraiment adapté à la personne ou à l’équipe, et à leurs objectifs. Tenir sa posture dans une situation complexe ou très chargée émotionnellement. Gérer sa propre vulnérabilité autant que celle de ses clients. Prendre en compte le cheval dans sa globalité. Faire face aux imprévus, puisque nous travaillons avec du vivant : des humains, des chevaux, la météo. Chacun de ces paramètres peut, à un moment ou à un autre, émousser la puissance d’un accompagnement.

Il y en a un auquel je suis particulièrement attentive : les prises de pouvoir subtiles. Une question qui oriente, une interprétation posée trop vite, l’envie de soulager plutôt que de laisser la personne trouver son propre chemin. Le plus souvent, elles sont involontaires. Accompagner sans prise de pouvoir, même subtile, est au cœur de ma pratique, et c’est l’une de mes spécialités en supervision.

« Il est sûrement plus confortable de rester dans ses travers, dans les prises de pouvoir subtiles, dans un coaching qui plaît sur le coup. […] Cela demande de travailler davantage sur ses fonctionnements, c’est plus dur, plus long, plus inconfortable… mais je ne me verrais pas prendre un autre chemin. Et je ne pourrais jamais le prendre seule. »

Mélanie, équicoach

Pourquoi c’est difficile à voir seul

Tous ces écueils ont un point commun : ils sont difficiles à voir de l’intérieur.

Nos métiers sont souvent solitaires. La plupart d’entre nous travaillent sans collègue pour leur renvoyer ce qu’il observe. Petit à petit, l’isolement peut entamer notre motivation, notre enthousiasme, et même notre discernement sur nous-mêmes : on peut glisser sans s’en rendre compte.

Il y a aussi une frontière délicate, entre bienveillance et complaisance. Ce n’est pas propre à notre métier : en équipe, en management, entre amis, il est souvent plus facile d’éviter de dire ce qui fâche. Dans l’accompagnement, d’après ce que j’observe, la différence entre bienveillance et complaisance n’est pas toujours claire, pour aucun d’entre nous. On peut la comprendre parfaitement en théorie, et ne pas encore la vivre dans sa pratique.

Enfin, il n’est pas simple de trouver des pairs avec qui confronter sa pratique en toute liberté et en toute sécurité : sans complaisance, et pourtant avec douceur.

Ce que la supervision peut apporter

La supervision offre un espace sécurisé pour regarder sa pratique avec lucidité. On y apporte une situation qui nous a bousculés, une question restée sans réponse, un doute, ou simplement l’envie d’un regard plus global sur sa pratique. On en repart souvent avec plus de clarté, plus de confiance, et parfois de nouveaux outils.

Elle aide aussi à développer une compétence aujourd’hui reconnue comme essentielle dans notre métier : prendre du recul sur sa propre pratique, pour exercer avec intelligence plutôt qu’appliquer des recettes. On peut la développer seul, mais un regard extérieur la facilite et l’accélère beaucoup.

En groupe, la supervision offre encore autre chose : on avance sur ses propres situations, et on apprend aussi de celles des autres. Chaque question posée dans le cercle éclaire la pratique de tous. Et l’on retrouve ce sentiment, devenu rare dans nos métiers, de faire partie d’une équipe avec qui l’on peut vraiment échanger sur nos problématiques, nos réussites, nos questions : des liens confraternels se tissent entre des pairs qui partagent la même éthique et la même exigence.

Et au-delà de nous

Tous les accompagnants n’ont pas pour objectif que chaque personne retrouve son plein pouvoir personnel. Moi, oui, et je l’assume. Je crois que chaque personne qui en retrouve une part apaise un peu les relations autour d’elle, dans sa famille, dans son équipe, dans sa vie, et un peu sur terre aussi : moins de lutte, moins de conflits, plus de respect. Quand on se sent vraiment puissant, on n’a plus besoin de s’imposer pour se montrer fort. Et à l’inverse, nos prises de pouvoir non conscientes, même subtiles, contribuent à faire durer les modèles « carnivores » dans les relations humaines. Je n’ai pas envie d’y contribuer.

Les chevaux, grands herbivores, puissants et non prédateurs, nous montrent un autre équilibre : celui entre puissance et sensibilité. C’est cet équilibre que je cherche à cultiver, dans ma pratique, dans la supervision, et dans ma vie.


Vous aimeriez avancer, toute l’année, au sein d’un cercle de pairs éthiques et exigeants ? Je vous présente l’Accompagnement professionnel continu sur la page Supervision.